Graphiste c’est un métier ?

Pour faire écho à l’excellent article de Sylvain Webej’aimerais moi aussi parler, avec tristesse, du statut de graphiste vis à vis du monde professionnel .

En effet nous exerçons un métier qui, aux yeux de beaucoup, ressemble plus à une sorte d’immense fourre tout où se trouvent les personnes crayonnant sur du Canson 180 gr et pouvant vivre d’art et d’eau fraîche, ses vieilles Converses usées et sales aux pieds et passant sa vie à manger des chips devant un mac avec une version craquée de photoshop.

Et bien non graphiste est un vrai métier qui demande des études et une rémunération autre qu’un “Wouaoouu trop beau tu fais comment ? Tu m’apprendras un de ces jours ?” ou encore “Mais attend je ne te paye pas tu vas avoir ton nom sur toutes les pubs publiées dans le journal local”.

Ce qui m’attriste c’est de voir que ce statut ne date pas d’hier.

Déjà quand je me suis retrouvé en face de la conseillère d’orientation en 3ème et que j’ai dit que je voulais faire du dessin (oui à l’époque le métier de graphiste n’étais pas enseigné) elle m’a répondu “mais tu sais que tu n’en vivras pas ? Pars sur autre chose c’est pour ton avenir que je dis ça”.

Une visionnaire digne des plus grands marabouts du 18ème qui fait revenir ta femme à tes pieds en te rendant riche.

Mais je constate que les mentalités n’ont guère changé.

Alors, si, soyons honnêtes, il existe des formations à présent, ce qui tendrait à faire croire à une certaine reconnaissance de la part de l’état pour ce métier mais qu’en est il du client, du patron et  des proches.

Le client : “On peux parler du devis ?”

Sous-entendu : “Quoi vous prenez autant pour me faire un logo ? Mais pour ce prix j’ai aussi les templates du papier en tête, les cartes de visite et les goodies j’espère. Tout ça pour faire des lettres avec de la couleur il plaisante”

Le patron : “Alors, il donne quoi ce logo ?”

Sous-entendu : “Ça fait déjà 45 minutes qu’il est dessus j’espère bien qu’il a fini et que j’ai deux autres propositions en plus. Encore un artiste.”

Les proches : “Alors, ton boulot ? Tu fais quoi de beau en ce moment ?”

Sous-entendu : “Je ne sais toujours pas ce qu’il fait précisément ça a l’air sympa mais, il n’aurait pas un peu maigri ? Je lui avais dit que bosser dans les assurances c’était beaucoup mieux”.

Vous noterez également l’effet inverse lorsque votre réalisation se fait connaître : “je le savais, je n’ai jamais douté de lui, quel talent, ça va valoir de l’or…” et j’en passe.

Une incompréhension totale dans bien des cas. Et comme à chaque incompréhension la réponse est bien souvent le dédain.

Pour toutes ces personnes j’aimerais éclaircir les choses.

Nous faisons un métier que nous aimons et qui ne mérite ni plus ni moins d’estime qu’un autre. Nous avons fait des études, passé des nuits devant nos écrans et bien souvent refait des dizaines de fois cette maudite courbe que vous ne remarquerez peut être même pas.

La création a un coût malgré ce que vous pouvez en penser.

Car même si, au final, vous n’avez devant vous “qu’un” logo (par exemple), le nombre d’heures passées à le réaliser pour qu’il parle comme il faut de la marque évoquée est très souvent important.

Pourquoi, dans ce cas, juger le résultat comme s’il était tombé comme ça, vite fait, en se levant ce matin. Ce n’est pas le cas et c’est ce qui justifie le tarif demandé.

Je ne parlerais pas dans cet article sur toute la mauvaise éducation qu’inculquent les sites proposant des logos réalisés en 1h à 50 euros en plus de l’image irréelle et dévalorisante de notre métier. J’en veux pour preuve le nouveau terme de “gratuiste” qui commence à bien circuler sur la toile.

Alors ayez un peu plus d’estime pour nos connaissances et nos réalisations. Le prix, que vous trouvez exorbitant, pour ce logo, combien vous a t’il rapporté en terme d’image de marque ?

J’avoue avoir beaucoup plus d’espoir avec les jeunes générations qu’avec les autres. Mais, qui sait, une petite prise de conscience peut aussi arriver.

Sur ce bonne fin de journée et ne doutez jamais de vos capacités (ne prenez pas non plus la grosse tête hein !!! :))

Graphiquement votre.

21 Comments
  1. Olivier ! président ! 😉

  2. Emile

    Je suis graphiste également, je connais et partage les difficultés du métier.
    Mais sérieusement, à lire tous ces articles plaintifs, les graphistes vont se créer une image de chochottes aux égaux surdimensionnés.

    Et, quitte à essayer d’être crédible et professionnel, évitez les fautes d’orthographe.

    • Olivier (Author)

      Bonjour
      Pour les fautes c’est normalement corrigé bien que je ne prétende pas être crédible ni professionnel ce n’est pas le but de ce billet.
      Cet article n’est pas une plainte mais une tentative de motivation pour amener de la compréhension sur notre travail.

    • Mathieu

      Je ne peux que te rejoindre Emile. C’est extrêmement lassant.

      • Olivier (Author)

        Je ne comprends votre point de vue concernant cet article. Peut être n’est il pas clair dans ses intentions.

        Ce n’est pas une plainte.

        C’est plus un constat et une envie d’expliquer (en surface) ce qui se passe. Je suis graphiste depuis pas mal d’année maintenant et je n’ai, malheureusement pas l’impression que les choses avancent beaucoup dans le bon sens.

  3. Ce n’est pas en fermant sa g*** que les choses vont changer
    → Néanmoins, les graphistes (dont je suis à « mi-temps ») ont une part de responsabilité (mais j’ignore laquelle).
    Ont-ils trop tiré sur la corde à un moment donné, transportent-il le karma d’artiste maudit ?
    Les webdesigners ou les photographes (d’autres métiers créatifs) subissent beaucoup moins souvent ce genre de critiques ou d’affront (je le sais par expérience)….pourquoi ?

    • Olivier (Author)

      En effet je pense que le dire est une chose positive.
      Il est vrai que pour les causes il y a eu cette période d’artiste à l’égo démesuré ce qui doit maintenant peser dans la vision des gens sur ce métier.
      Peut être méritons nous cette image et c’est donc à nous de la changer.

  4. Emile

    Ok, je modère mon propos 🙂

    « L’inconvénient » du métier est qu’il semble accessible à tous. « Tout le monde est graphiste » comme certain pourront le dire*. Parce que finalement, chacun se sent capable de faire de la mise en page ou un petit gribouillis en guise de logo.

    On fait un travail très subjectif, et même l’arrière grande tante du client aura un avis (qui lui semblera tout à fait fondé) sur la couleur utilisée pour le petit rectangle en bas de l’affiche.

    Des étudiants font de petits prix pour se lancer, des autodidactes un peu légers et des gros sites discount se frottent aux graphistes qui auront passé du temps en études et en réflexion … Et finalement, parfois, le client ne verra pas la différence.

    Là ou je veux en venir, c’est qu’il faut défendre les valeurs professionnelles de notre métier, la qualité de notre travail et l’accompagnement qui va avec. Et ça passe également par l’image que l’on donne autour de nous. C’est bien sur important d’expliquer notre démarche au client, de le sensibiliser à notre travail. Mais avant ça, il faut bien que ce même client vienne à nous. Et ce n’est pas en lui donnant une image d’artiste frustré et plaintif (j’exagère peut-être un peu ^^) qu’on va lui donner envie.

    Au final, si on prend un bon recul, tout métier comporte des désagréments et des difficultés. Et notre métier malgré tout est assez exceptionnel parce qu’il permet d’allier une passion à un salaire !

    * http://issuu.com/yoannbertrandy/docs/ttlmonde-est-graphiste

    • Olivier (Author)

      Ahhhhh je suis entièrement d’accord avec toi.

      Le problème est bien dans le point que tu soulèves à savoir toutes les personnes ayant un jugement pensent pouvoir faire notre métier.
      Et c’est à nous de leur faire comprendre que nos choix ne sont pas que subjectif mais intègrent aussi des notions de couleurs, formes etc…
      On a tous eu le génie du marketing qui déboule en nous donnant des conseils sur la couleur car lui « il aime ».

      Concernant notre image j’en suis un fervent défenseur. Il est vrai que la plainte ne fera que renforcer cette idée de râleur à la science infuse 🙂 et c’est pour cela que mon texte n’allait pas dans ce sens mais plus dans une « prise de conscience » (sans aucune prétention).

      En tout cas merci pour ton avis (qui finalement est très proche du mien).

    • Je suis d’accord avec toi Émile
      Toutefois (et c’est plus un questionnement qu’une remarque), si tout le monde est graphiste, tout le monde est également (et à fortiori) photographe….et pourtant bien des photographes à 3000€ le mariage et + (ce qui est tout à fait justifié si ils ont du talent) ont un agenda plus que rempli, et on ne discute pas leurs photos à l’issu (arrière grande tante comprise).

      Pourquoi chacun à-t-il son avis sur un logo, une compo ?
      Notre éducation de l’oeil est sans doute mieux accomplie (parce que plus naturelle) que notre éducation artistique et notre connaissance du design.

      → Par rapport à l’image que l’on doit donner, je suis tout à fait d’accord avec toi. C’est d’ailleurs bien souvent que l’on m’engage par rapport à mes articles qui expliquent/détaillent mes créas !!

      • Olivier (Author)

        La solution passera (je pense) par l’éducation.
        Le soucis est que notre métier est sensible à l’affect car si on y pense qui viendrait remettre en cause le travail de plombier si on n’est pas plombier soi même. Et du coup comme tout le monde à un « avis » sur nos visuels généralement cela amène des remise en cause.

  5. Hello Olivier et merci pour ton article.

    En le lisant, je me demande si le problème ne provient pas de l’école publique mais aussi des écoles privées ?

    Je m’explique :

    Après plusieurs conversations avec des jeunes étudiants, des jeunes parents ou bien des adolescents, je constate que l’école publique ne valorisent toujours pas les métiers manuels, l’artisanat et que les diplômes ou Grandes écoles sont toujours aussi essentiels limites existentiels.

    Les écoles savent pertinemment le taux d’abandon des étudiants lors de leurs cursus ou bien le taux de chômage dans certains secteurs mais rien ni fait, cela fait des années que cela dure et rien ne change.

    Quand l’étudiant se retrouve en amphi dans des cours inadaptés à ses capacités ou ses envies, il se retrouve perdu. Il se renseigne auprès d’un conseiller d’orientation :
    […]
    – Savez-vous ce que vous voulez faire finalement ?
    – En passe-temps, je dessine, je fais de l’aquarel ou j’invente des personnages. Mes proches disent que je suis doué.
    – Très bien, il existe le métier de « Graphiste », cela peut-être bien pour vous.
    – Pourquoi pas… Que dois-je faire pour rentrer dans un cursus de ce type ?
    – Il existe plusieurs solutions : Prépa, MANAA, BTS, Alternance, Contrat PRO, et puis des écoles privés permettent des formations accélérées.

    L’étudiant fait ses recherches, il trouve de nombreux beaux sites d’école privée, des explications sur ce métier qui fait rêver et qui semble facile, très accessible et surtout valorisant pour son égo d’Artiste.

    Bien sûr, les écoles en rajoutent une couche : « Avec notre formation, vous serez DIRECTEUR ARTISTIQUE. Vous allez créer et diriger des personnes. Un Dir.Artistique n’exécute pas, il délègue. Bien sûr, dans ce domaine, c’est le plein emploi. »

    Arrivée sur le marché du travail, l’étudiant déchante rapidement : chômage, compétition, graphiste pas de D.A., salaire à la baisse, compétence non requise, formation inadaptée…

    Il y a quelques années de cela, je devais recruter un webdesigner, après avoir posté une annonce, en moins de 24h, j’ai reçu plus de 200 CV.
    Je fus catastrophée.

    Les bons candidats étaient noyés dans des CV de piètre qualité avec des formations, des diplômes de toutes sortes et bien souvent sans portfolio, sans projets personnels, aucunes passions et beaucoup de dessins crayonnés en pièce jointe ???!!!!

    Je fus même étonnée de voir des étudiants ayant fait des études de Design d’objet ou d’Architecture ne trouvant pas d’emploi se re-orienter dans le domaine du Graphisme.

    Et je n’évoque pas les profils de plus de 40 ans souhaitant changer de poste ou bien se re-orienter et ne trouvant pas car on leur reproche d’être « trop vieux » donc plus dans le coup, « profil qui va coûter cher car trop d’expérience »…

    Bref… un long sujet qui en recoupent plusieurs avec à chacun leur complexité.

    A mon avis, cela doit être une prise de conscience des écoles, des conseillers d’orientation et aussi des parents qui doivent aussi s’interroger sur l’avenir de leur enfant en se renseignant en amont des débouchées professionnels.

    A très vite et bon weekend 🙂

  6. Olivier (Author)

    Hello jacinthe,

    Tout d’abord merci pour ton mot très intéressant.

    En effet le gros du travail devrait se passer en amont. Comme je l’évoque, déjà à mon époque c’étais problématique mais de nos jours le problème c’est juste déplacé.

    Aujourd’hui on ne dit plus « tu n’en vivra pas » car on sait que ces métiers existent mais d’autres soucis se posent comme tu l’as si bien dit.

    Difficile de trouver des formations de qualité, difficile de faire valoir les heures passées pour s’auto former, bref difficile de montrer un savoir faire qui devrait pourtant être mis en avant.

    LA solution passera par l’éducation, aussi bien au niveau des écoles, que des entreprises du moins je le pense.

  7. angélique

    Bonjour olivier,
    Je ne partage pas votre avis car etant aussi photographe nous avons à longueur de temps des demandes de photos gratuites, en ecjhanges du credits, et ceci même pour les photos qui representeront l’image d’un artiste, son album, etc…
    Et entendre souvent dire que photigraphe n’est pas un meyier qu’avec le numérique tout le monde peut l’être donc ils ne veuilent pas payer les photos… Et ceci est très (trop) régulier comme remarques… Tout comme graphiste, les gens comparent le montant du facture avec un salaire normal sauf que cela n’a rien à voir à la fin du mois avec les frais, le mato, les taxes etc…

    • Olivier (Author)

      Bonjour Angélique.
      Je n’arrive pas à saisir où nos avis divergent ? Car ce que j’évoque pour les graphistes vaut pour bien des métiers artistiques. Je dirais même que nous somme plutôt d’accord.

  8. J’ai atteri tombé par pur hasard en tapant
    sur twitter sur votre site, les articles sont bien rédigé, je vais le mettre en bookmark

  9. Adeline

    Bonjour,

    Je viens de tomber sur l’article et je rejoins plutôt l’argument qui concerne la subjectivité du résultat lié à l’esthétique. Je pense que tout ce qui touche au domaine de l’artistique ne comble pas un besoin physiologique et donc nécessaire au sens de la pyramide de Maslow, ce qui laisse donc une grande place à la négociation – d’où les difficultés à se faire rémunérer lorsque l’on est un artiste. c’edt la loi de l’offre et de la demande. Votre article est très bien rédigé.

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